Régénérer les sols d’une mine désaffectée pour retrouver une végétation naturelle pouvant neutraliser l’envol de poussières néfastes pour l’environnement et pour les populations…

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Le cadre idyllique du village de Bulembu
Le cadre idyllique du village de Bulembu

Le village de Bulembu (Swaziland) a une histoire et une situation singulières.
Très enclavé, le village est relié d’un coté, à la petite ville de Piggs Peak, que l’on peut rejoindre par une piste d’une vingtaine de kilomètres. L’autre extrémité du village jouxte un minuscule poste frontière, permettant d’entrer en Afrique du Sud par une petite route serpentant des paysages à couper le souffle. Bulembu est entouré d’impressionnantes montagnes aux formes arrondies qui comptent parmi les plus vieilles du monde. Au creux de la vallée, la rivière et la cascade sont alimentées par des pluies abondantes en été.

C’est dans ce cadre idyllique qu’en 1936, après la découverte de gisements d’amiante dans le sous-sol, la compagnie britannique Havelock installa une industrie d’extraction de ce minerai dont l’utilisation comme matériau de construction eu beaucoup de succès à partir des années 60.

L’usine se développa rapidement, et de nombreux swazis furent embauchés dans la mine. La population de Bulembu atteint 10 000 habitants dans les années 80.

Quelques centaines de citoyens britanniques occupant les postes de responsabilités au sein de l’industrie s’installèrent progressivement avec leurs familles.
Ils y construisirent des maisons, des écoles, un hôpital, un club de sport avec terrains de golf, de tennis, piscine, et même un terrain de polo. Le site était aussi doté d’un cinéma, qui comme les autres infrastructures, étaient toutes réservées à l’élite britannique du village.

Dans les années 90, la découverte de la dangerosité de l’amiante réduisit drastiquement son utilisation, et en 1999 la compagnie Havelock déposa le bilan. L’activité de la mine s’arrêta brutalement, vidant le village de ses habitants en quelques mois. La liquidation judiciaire d’Havelock entraina le démontage de tout ce qui pouvait être repris : mobilier industriel, mais aussi matériaux de constructions des bâtiments, cadres de fenêtres…etc.

En 2005, c’est un village-fantôme qui fut racheté par l’ONG swazie « Bulembu Ministries ». Le renouveau positif de Bulembu est pourtant assombri par les 50 hectares de mine restés à ciel ouvert, et dont la dangerosité fait débat. Le village, qui héberge aujourd’hui 1400 personnes et un orphelinat de 350 enfants, est en effet toujours défiguré par le trou béant et le terril de roches amiantées dont les poussières peuvent être dangereuses par grand vent.
Même si le type d’amiante présent ici –la Chrysotile- est considérée comme la moins dangereuse des 6 différents types d’amiante, les maladies causées par une exposition prolongée aux poussières du minerai sont une réalité.

 

Maisons des anciens travailleurs de la mine laissées à l'abandon. Le terril d'amiante à l'état naturel
Maisons des anciens travailleurs de la mine laissées à l’abandon. Le terril d’amiante à l’état naturel

Dans le cadre de son projet d’expérimentation du biochar en Afrique Australe, The Ivory Foundation, a fourni à l’ONG Bulembu Ministries, un bruleur destiné à produire de l’amendement afin de couvrir le site de l’ancienne mine.

L’hypothèse est que, grâce à ses propriétés de régénération des sols, le biochar pourrait laisser pousser une végétation naturelle capable de couvrir partiellement le terril et de neutraliser l’envol de poussières d’amiante.

Les résultats obtenus viendront également alimenter l’étude menée par l’Université d’Agriculture du Botswana.

 

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